« Reza Pahlavi, la seule alternative pour l’Iran », peut-on lire sur le carton rouge et vert que brandit Fereshteh, iranienne née à Téhéran et londonienne depuis 20 ans. Pahlavi. Le nom du fils du dernier Shah d’Iran, est ancré dans toutes les têtes, inscrit sur toutes les pancartes. Devant la porte noire du 10 Downing Street – résidence officielle du Premier ministre britannique –, les manifestants lèvent fièrement leurs drapeaux iraniens. Ces derniers sont composés de trois bandes horizontales : verte, blanche et rouge. Ornés d’un lion doré muni d’une épée, leurs étendards datent de l’époque impériale. L’actuel drapeau de la République islamique comporte en son centre un symbole religieux à la place du fauve.
Samedi 14 février, ils sont près de 50 000 à défiler dans les rues de Londres pour soutenir leurs compatriotes iraniens et réclamer la chute de l’actuel régime. Tous ont été appelés à manifester par le fils du Shah, exilé aux États-Unis depuis près d’un demi-siècle. Depuis la Californie, l’homme de 65 ans multiplie les vidéos sur ses réseaux sociaux, appelant les Iraniens à de nouvelles actions de protestation à Munich, Toronto, Los Angeles et Londres. Ces vastes mouvements de mobilisation contre le gouvernement iranien ont débuté fin décembre dans le bazar de Téhéran, en réaction à la hausse des prix.
« Reza Pahlavi a besoin de nous »
À l’avant du cortège, mégaphone à la main, Vahid, 38 ans, scande en farsi [langue officielle de l’Iran, NDLR] : « Pahlavi bar migarde ! » (« Pahlavi va
revenir ! »). Enroulées dans leurs drapeaux, sa compagne Niloofar et sa petite sœur Mina répètent la phrase en chœur après lui. « C’est le seul légitime, c’est notre futur roi ! Vous voyez bien que c’est l’unique choix des Iraniens », assure l’Iranien, ayant quitté son pays il y a 15 ans pour travailler à Londres.
Sur son portable, il montre à deux de ses amis les photos de sa famille, restée vivre à Shiraz, ville du sud-ouest de l’Iran. Les larmes lui montent aux yeux. Vahid vient protester devant la résidence du Premier ministre tous les samedis depuis début janvier 2026. Seule solution pour espérer se faire entendre, selon lui. « Je vais continuer à venir tous les samedis. Reza Pahlavi a besoin de nous. Nous les Iraniens, nous avons besoin de lui. »

Pendant deux heures, les slogans s’enchaînent. Attendant patiemment la prise de parole de Reza Pahlavi, la foule clame « Javid Shah ! » (« Vive le Roi ! »). Il est 16 heures. Sur un écran géant noir installé aux abords de Westminster – quartier du centre de Londres –, l’ancien prince héritier s’avance au pupitre. Il est retransmis en direct de Munich en Allemagne, où près de 200 000 personnes sont rassemblées pour soutenir le leader de l’opposition iranienne. « Je m’engage à être le leader de la transition démocratique et laïque en Iran, déclare-t-il avant d’ajouter, Make Iran Great Again », en référence à la campagne politique de Donald Trump.
« King Reza », comme il est surnommé par les manifestants de Londres, s’érige aujourd’hui en figure de ralliement du mouvement de contestation secouant le pays. Dans le cortège, son nom fait quasiment l’unanimité. Difficile de trouver des manifestants plus nuancés.
« La seule solution est qu’Israël attaque le régime des ayatollahs »
Une grande émotion se lit dans le visage de Payam, qui écoute soigneusement les mots de son mentor. À chaque parole prononcée, il acquiesce et profite des quelques secondes de blanc pour applaudir. Béret noir vissé sur la tête, l’homme de 68 ans tient une pancarte photo-montage de la dynastie Pahlavi. À gauche, le portrait de Reza en tenue royale, à droite, celui de son père Mohammad Reza, dernier Shah d’Iran.
Payam a aussi apporté un drapeau de l’État hébreu dans son sac à dos. « La seule solution est qu’Israël attaque le régime des ayatollahs », confie le retraité. Comme lui, de nombreux Iraniens de Londres croient à une alliance Iran-Israël entre Reza Pahlavi et Benjamin Netanyahu. Hissées sur des barres de fer, les étoiles de David flottent aux côtés des drapeaux iraniens royalistes.
17 heures. L’heure est désormais au recueillement. Un activiste membre de Stop the Hate UK, association qui organise de nombreux événements de soutien à la communauté iranienne, cite au micro les prénoms et noms de famille de femmes, enfants et hommes tués en Iran. Une femme, lunettes de soleil et masque chirurgical sur le visage s’effondre en larmes. D’autres crient de colère.

Si les manifestations ont lieu tous les samedis devant Downing Street, d’autres rassemblements plus intimistes s’improvisent devant l’ambassade de la République islamique d’Iran à Knightsbridge, quartier central de Londres. Mahan Mehrani se présente comme une « voix pour le peuple iranien ». L’activiste a inauguré un espace de recueillement aux abords du parc de Kensington et un autel à l’effigie de Reza Pahlavi, qu’il soutient depuis six ans. À seulement 29 ans, l’interprète irano-kurde manifeste nuit et jour pour son pays.
Depuis 32 jours, il dort devant l’ambassade dans sa toile de tente bleue recouverte d’une bâche. Il a baptisé ce lieu le « Gard Javidan Irani » (lieu immortel iranien).« J’ai créé cet espace entièrement tout seul et j’y resterai jusqu’à l’effondrement du régime », assure-t-il. Près de sa tente, deux tables sur pied. Elles accueillent des bouquets de fleurs, des bougies et des centaines de photos d’Iraniens tués par le régime. Tout autour, des ballons rouges en forme de cœur s’amoncèlent. Chacun est accompagné d’un prénom pour rendre hommage.
« Je n’ai pas peur d’être tué »
Blessé à la lèvre et à la main gauche lors de manifestations plus radicales, il est applaudi et klaxonné par les passants qui viennent lui rendre visite au fil de la journée. Drapeau royaliste sur sa casquette noire, collier doré en forme de couronne, l’homme affiche sur ses vêtements les symboles de la monarchie iranienne.
Mahan évoque le décès de son cousin, tué il y a un mois dans le Kurdistan iranien suite aux protestations contre la vie chère. « C’est pour lui rendre hommage que j’ai créé ce petit musée à Londres, à quelques minutes du quartier iranien de South Kensington », explique-t-il. Son engagement politique, Mahan le poursuit en parallèle sur les réseaux sociaux. Sur Instagram, son compte Vorsham comptabilise près de 153 000 abonnés. À travers ses publications, il partage les dernières actualités de la communauté iranienne et republie les prises de parole de Reza Pahlavi.

© Rose Chabani / Societea
Un lieu très engagé politiquement et pro-Shah, pourtant ouvert à tous les Iraniens. Certains se revendiquent royalistes, d’autres se disent démocrates. Ils ont néanmoins un objectif commun : faire tomber le régime de l’ayatollah Khamenei, guide suprême depuis 1989. Dans ce lieu de recueillement, Mahan accepte les différences idéologiques. Il débat avec ses compatriotes, évoque certains points du programme de Reza Pahlavi. Seuls les moudjahidin, combattants de l’armée au nom de l’islam, ne sont pas les bienvenus. « Ils ne sont pas nos alliés, ce sont des terroristes. »
Je suis simplement un parmi des milliers d’Iraniens.
Baback*, activiste iranien
À quelques mètres de la tente, Baback*, écharpe rouge autour du cou, manteau marron et journal sous le bras, échange avec Mahan. Il est arrivé au Royaume-Uni en 1984 et n’est jamais retourné en Iran depuis. Baback* affirme ne se retrouver dans aucun parti politique. « Je pense qu’il y a de bonnes idées chez les démocrates et les pro-Shah. Je ne veux juste plus de ce régime », soutient-t-il. Bien qu’il s’accorde avec certaines idées royalistes, l’Iranien considère qu’une transition démocratique serait favorable au pays.
À bien l’écouter, l’homme de 74 ans semble sûr de lui. Il est convaincu que le régime tombera dans moins d’un mois. Dans un anglais empreint d’un fort accent persan, il énumère ses arguments : la vie chère en Iran, la colère grandissante des Iraniens, l’intervention militaire de Trump et d’Israël. Mais son ton change quand il s’aperçoit que ses collègues l’écoutent attentivement. « Je ne suis pas la voix de l’Iran, ce n’est pas moi le leader. Je suis simplement un parmi des milliers d’Iraniens »,
murmure-t-il.

Sous les gouttes de pluie, Baback* rejoint le groupe de fidèles pour scander le nom de Reza Pahlavi. Il s’empare du micro. « Javid Shah ! »
(« Vive le Roi ! ») Les autres Iraniens reprennent en harmonie le slogan. Baback* restera toute l’après-midi devant l’ambassade. Au moment de rentrer chez lui, il salue chaleureusement Mahan et les autres activistes.
« Je reviens demain et jusqu’à la fin du régime. »
*Le prénom de la personne citée a été modifié par souci d’anonymat.





